En référence à la chronique de Michel Guerrin parue dans “Le Monde” le 20.09.2019, je vous propose ici quelques réflexions.

Tout d’abord, merci à M. Guerrin de rappeler que la culture disparaît de tous les niveaux de discours et d’actions publiques et collectives. Il est en effet inquiétant que les politiques et les institutions gouvernementales et supra-gourvenementales passent à la trappe une dimension fondamentale de nos expériences de vivre-ensemble : la culture en générale, et les cultures et expressions culturelles en particulier, qui sont les parts les plus visibles et spectaculaires de la dimension culturelle qui participe à définir ce que nous sommes toutes et tous, avec nos similitudes et nos différences.

Rappeler aussi qu’il est important de soutenir les actrices et acteurs culturel-le-s qui sont au premier loge pour proposer du culturel, dont nous avons besoin pour nourrir notamment nos projets de société, de vie dans des collectifs, et de définitions de nous-mêmes.

Soutenir une pluralité, une diversité d’expressions artistiques et culturelles, c’est se donner davantage de pistes d’inspiration – et de bonnes inspirations – lors de décisions politiques, sociales, internationalistes, … et par conséquent : notamment féministes et climatiques.

Alors que ces mouvements connaissent actuellement une participation accrue, il semble important que nous y mettions du matériau pour la construction de mondes alternatifs à celui qui connaît aujourd’hui croissance démesurée et exploitation et discrimination des minorités. Un matériau présent sous la main, mais dont on ne mesure pas forcément la valeur et la centralité : la culture.

Point sur lequel je me distancie de M. Guerrin est la façon ou les façons de concevoir la culture. Dans les sciences humaines et sociales, cette notion est fortement discutée, pour ne pas tomber ni dans un essentialisme qui figerait la culture en une seule définition d’un peuple par exemple, ni non plus dans un régionalisme qui multiplierait à l’infini les définitions de ces mêmes peuples. Au fond, le problème se trouve dans l’idée même de “définition”. Il n’est pas sûre que chacun-e d’entre nous ait ce besoin de définition culturelle. Cependant, il est possible de concevoir, la dimension culturelle comme un trait dynamique qui apporte du goût, du sens, de la valeur, etc. à tout ce qui constitue notre quotidien et notre vivre-ensemble-au-monde. Avoir une approche collective (collectiviste) et non individualisée (en tant que personne physique, mais aussi en tant que groupe de personnes) de la culture, cela me semble être une piste et une réflexion à avoir urgemment (par rapport au climat) et résolument (pour en finir avec des systèmes anti-sociaux, tel que le patriarcat et le capitalisme).